Nudisme et naturisme

D’une première définition…

  Il apparaît toujours nécessaire de faire le distingo entre ces 2 termes. 

  En effet, leur signifié ne semble pas toujours employé à bon escient par celles et ceux qui évoquent la nudité, que ce soit dans les conversations courantes ou au travers de l’expression écrite.

  Ces quelques lignes ont pour objet de tenter de différencier ces deux termes. 

  L’évocation de la nudité est porteuse, dans la plupart des cas, d’une certaine charge émotionnelle, dans la mesure où le tabou social est extrêmement fort vis à vis du corps nu.

  Nudisme et naturisme paraissent donc opposés à la norme sociale.

  De nos jours, ces mots évoquent immédiatement, chez la plupart de nos contemporains, des images liées au sexe, à la sexualité. Beaucoup de médias, d’ailleurs, aux approches de l’été, proposent des « reportages » qui tendent à montrer que naturisme et liberté sexuelle sont… intimement liés ! 

  La distinction souvent proposée par les naturistes s’appuie sur le comportement : il y aurait le « vrai naturiste », et le mauvais naturiste, qualifié de nudiste. Ce dernier serait caractérisé par sa seule volonté d’exhibitionnisme, par un comportement vulgaire (narcissique, voyeur…).

  Cette définition est fondée sur le bon sens et l’observation de certaines personnes au sein des équipements naturistes.

  Mais cette définition est malgré tout un peu « courte », car elle revient à admettre, ipso facto, que toute personne nue qui n’est pas voyeuse, qui a des attitudes sociales « normales », qui sait entretenir des relations citoyennes avec les autres, est un naturiste.

  Or les conduites décrites ci-dessus, ne traduisent, finalement, que la normalité pour tout individu simplement « civilisé ». L’on peut donc très bien être « nu » et avoir des comportements « normaux », sans pour autant être naturiste.

 

… à une définition plus complète

  Car le naturisme ne consiste pas seulement à se comporter de façon citoyenne dans une situation de nudité. Bien,évidement que cela constitue la base minimum de toute vie en société.

  Le  « naturiste » est celui qui peut distancier sa perception du corps et en particulier du corps des autres, en dépassant le tabou social qui porte sur le corps : le regard sur soi et sur soi en relation avec autrui, n’est plus un « geste » référent au tabou (par défi, transgression, provocation…). C’est la reconnaissance du corps nu comme la normalité.

  En ce sens le naturisme est une reconstruction de la perception de l’autre, qui passe par une déconstruction de ce pan de culture qui « gère » notre vécu de la norme sociale. Sans doute peut-on prendre pour hypothèse que la honte du corps conduit certaines personnes à jouir de la transgression.

 Le naturiste vit la nudité différemment.

 Etre nu répond, certes, à une recherche de bien-être.

 Mais le naturisme va au-delà de cette seule satisfaction personnelle. Il s’agit d’envisager le « vivre ensemble » de façon différente de ce que nous propose le système social dominant.

  A ce titre le naturisme est, de fait, une façon d’exercer une critique sociale. Les personnes qui ne se retrouvent pas dans cette approche et qui se satisfont de vivre nu un moment de l’année en achetant un séjour dans un équipement sont des « nudistes ». Si l’on veut conserver ce terme pour ne désigner que les comportements déviants, nous appellerons ces consommateurs « nudiens ». 

  Car le naturiste n’est pas seulement un consommateur de loisirs nu. C’est également quelqu’un qui porte un projet. Rappelons simplement d’ailleurs ce que la Fédération Française de Naturisme précise qu’ : « à la différence du nudisme, le naturisme double le fait d’être nu par un projet de société »[1]. Ce projet peut ce décrire au travers des quelques points suivants (mais cette « liste » n’a rien d’exhaustif) :

  Se respecter et respecter les autres, savoir exercer sa liberté au milieu d’autrui, accepter la différence, développer la solidarité, contribuer à l’insertion raisonnée des organisations humaines dans la nature…

 

En forme de conclusion

  Si les naturistes doivent combattre les comportements déviants des « nudistes », il parait nécessaire d’admettre que les « nudiens » (les « simples » consommateurs de naturisme) ne sont pas nos adversaires. Ce sont simplement des personnes qui ne se sont pas encore appropriés toute la dimension du naturisme. A nous, naturistes, d’informer, d’expliquer, de diffuser le sens de notre engagement, de décrire l’intérêt de notre système de valeurs. A ce titre, nous pourrions ajouter à notre définition que le naturisme est également une pédagogie.

 

Pierre Thillet

5 septembre 2013

 


[1] Sur ce thème, voir notre série d’articles « Poursuivre le débat avec Jacqueline »

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