Les herbes de Madagascar

Les herbes de Madagascar

Un de mes espoirs de photographe est de faire, un jour, la meilleure photo jamais faite d’une tige d’herbe. Chimère, penserez vous, à juste titre.

Et puis je passe et repasse à Madagascar, aux carrières. Ce n’est que dimanche dernier que je réalisais vraiment que ce lieu était tout sauf le fruit seul de la nature, puisque sans les efforts d’hommes maintenant inconnus nous n’aurions que le bord boisé du plateau, dépossédé de sa cavité, dépossédé de ces arbres dont nul ne sait comment ils sont venus là.

Ce très ordinaire bosquet d’herbes folles, perdu au milieu des bruyères, marque le début (quand j’arrive), et la fin (quand je repars du centre, par les longues journées d’été) de mon passage dans ce lieu merveilleux d’un petit kilomètre de long, mais qui a sa petite réputation parmi les randonneurs de l’agglomération parisienne.

Je n’en ai fait, au cours de mes innombrables passages, que peu d’images. Le lieu est banal dans chacun de ses constituants, merveilleux dans sa totalité, aussi insaisissable que la trace qu’elle laisse est profonde.

Dont celle-ci. Le contre-jour est fort, l’arrière plan noir. Les feuilles de l’arbre dans le fond rougeoient, et m’attirent. Les herbes balancent, se rebellent, et les vibrations de l’air cassent leur unité. Ou alors, déjà, poussant, désireuses de se laisser mutuellement croître sans se faire de l’ombre, elles avaient chacune élu une direction propre.

Leurs graines en plumeau les rendent visibles…Sans elles, ne resterait à notre vue que de frêles tiges, que nous sommes là à prendre de haut, alors qu’elles nourrissent et supportent ces mêmes graines.

Et photographier ces tiges n’est pas simplement fixer une ligne faiblement courbée sans intérêt, c’est rendre le mystère de cette forme simple dans ce qu’elle relie, le sol et ces graines, dans la pauvreté de ce qu’elle capte de lumière, dans sa sensibilité à l’air ambiant. Cette image le rend, mais s’aide pour cela de leur multitude…Un jour, peut-être, parviendrai-je à le faire pour une seule, comme d’autres ont su photographier un chêne solitaire dans un pré, le tronc d’un palmier ou de banals poivrons.

Yves

 

_(Expire le 29 May 2019)_

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